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Les vautours en Inde

chaugoun bec greleEn Inde la majorité des vautours sont des espèces en voie de disparition et menacées d'extinction.
Ce ne fut cependant pas toujours le cas !
Dans les années 1980 on pouvait compter jusqu'à 80 millions d'oiseaux pour une seule des neuf espèces de vautour vivant en Inde. Le vautour chaugoun (Gyps bengalensis) était le rapace le plus commun dans le monde mais maintenant cette population comporte plus que quelques milliers d'oiseaux.

La disparition

Comment ces charognards ont-ils pu disparaître en si grand nombre et en si peu de temps ?
Il faut d'abord comprendre pourquoi l'Inde avait jadis des populations de vautours si importantes. Les vautours sont des rapaces vivant en communauté et dans des milieux anthropiques, ils sont donc généralement très dépendants du mode de vie des hommes (culture, société, activité, etc.). L'Inde a justement un cadre très particulier et propice aux vautours de par sa culture hindoue. Cette dernière représente 80 % de la population indienne soit 16 fois la population française... Les hindous ne mangent pas les bovins qu'ils considèrent comme des animaux sacrés. Néanmoins les vaches sont utilisées pour les produits laitiers et la force de travail. Quand une vache meurt, elle n'est pas consommée par les Hommes mais par les vautours ! On compte en Inde environ 500 millions de têtes dont seulement 4 % sont destinées à la boucherie. Les vautours sont donc le seul système d'équarrissage (système de traitement des carcasses) naturel de la société indienne, même dans les villes ! On a pu observer jusqu'à 15 000 vautours dans les dépotoirs de carcasses de Dehli.
Mais à partir des années 90, scientifiques et naturalistes commencèrent à remarquer une diminution du nombre de vautours dans le ciel indien. Cette chute s'accéléra au point que les Indiens et la communauté scientifique internationale alertée tentèrent de découvrir la cause de ces disparitions.

La cause de cette crise

La cause fut trouvée par le Dr Lindsay Oaks et son équipe en 2003 : le diclofenac. Le diclofenac est un anti-inflammatoire commun donné au bétail. Il est utilisé pour le traitement symptomatique de toutes inflammations, fièvres et/ou douleurs associées à une maladie ou blessure. Il fut largement utilisé en Inde à partir des années 90. Un vautour est exposé à des doses mortelles du diclofenac s'il mange la carcasse d'une bête traitée de son vivant avec ce produit. Un modèle de simulation montre qu'il suffit de moins de 1 % de carcasses contaminées par le diclofenac pour décimer les vautours en Inde. Or, une étude menée sur ces carcasses montre que 10 % de celles-ci sont contaminées par le diclofenac en Inde. On a donc un pourcentage de carcasses traitées largement suffisant pour décimer les vautours.

Conséquences liées à la disparition des vautours

La disparition soudaine du système d'équarrissage naturel de l'Inde entraine forcément des conséquences et ce à divers niveaux.

Environnementales

Il y a tout d'abord, les graves contaminations des points d'eau vitaux aux villageois, car les carcasses jadis mangées par les vautours pourrissent aujourd'hui en plein air aux abor des villages. Ces milieux aquatiques contaminés peuvent être le ravitaillement en eau « potable » de plusieurs villages et un lieu de jeu pour les enfants.
Ensuite, la disparition des vautours « libèrent » la place d'équarisseurs à d'autres espèces comme le chien errant et le rat. Mais ces nouveaux équarisseurs ne sont pas aussi efficaces que les vautours. En effet le métabolisme des vautours est un réel « cul-de-sac » pour tous les éléments pathogènes, alors que celui du chien et du rat ne détruit pas ces éléments, et donc, en devient porteur.
L'Inde compte aujourd'hui 18 millions de chiens errants soit la population de carnivore la plus importante dans le monde.

Sanitaires

Ces chiens errants porteurs de maladies (rage, anthrax, peste, etc.) attrapées sur les carcasses putréfiées se promènent librement dans les villages et les villes ; conséquence directe et indirecte de la mort de milliers de personnes. Aujourd'hui, en Inde 30 000 indiens meurent de la rage chaque année soit plus que de la moitié de tous les cas à l'échelle mondiale. Une personne est mordue toutes les 2 secondes et une meurt de la rage toutes les 30 minutes. 70% des victimes sont des enfants de moins de 15 ans.

Economiques

Les soins contre ces maladies entrainent évidement des coûts énormes pour l'état et le peuple indien. Environ 500 000 indiens sont traités contre la rage par an, au prix de 1500 roupies par personne sachant que le salaire minimum en Inde est de 120 roupies par mois. Les gens pauvres n'ont donc pas accès à ces soins, et pourtant ce sont eux qui sont les plus touchés. D'après une étude menée par M.K.Sudarshan en 2007 les traitements pour soigner les indiens mordus ont couté à l'Inde 25 millions de dollars.
A ces coûts énormes s'ajoute la gestion des chiens errants vecteurs de ces maladies. Au début ils étaient tués sans restriction, mais sous la pression d'organismes pour la défense des droits des animaux ces méthodes ont du cesser. La nouvelle solution proposée est donc de vacciner et de stériliser les chiens errants, le coût est énorme.

Chiens errants dans les rues de Dehli

Chiens sauvagesCe sont les femelles qui doivent être stérilisées car un seul mâle non-castré peut s'accoupler avec plusieurs femelles donnant ainsi naissance à des centaines de chiots (une femelle peut avoir jusqu'à 20 chiots par an). La mise en place de ces actions comporte de nombreuses difficultés : manque de matériel, de personnel, capture compliquée des animaux, etc.
Néanmoins ces stérilisations sont pour le moment nécessaires car si les chiens venaient à disparaitre ce serait d'autres équarisseurs indésirables qui prendraient leur place (singe, chat, etc.) et tout serait à refaire...
Si on tient compte du coût des traitements des personnes mordues et des frais liés à la gestion des chiens errants, des chercheurs ont prouvé que la disparition des vautours a couté à l'Inde la somme de 34 milliards de dollars américains !

Culturelles

Tour du silence BombaySi les conséquences sanitaires, écologiques, et économiques sont importantes, l'impact culturel n'en reste pas moins majeur.
La culture pârsîs croit que la Terre, le Feu et l'Eau sont des éléments sacrés et que toute crémation ou enterrement est une souillure. Pour accéder au Ciel, ce sont les vautours qui jouent le rôle de lien avec la Terre lors du décès d'un Pârsîs. Le corps du défunt est donc déposé sur une « Tour du Silence », où il sera consommé par les vautours libérant ainsi son âme. Les 82 000 Pârsîs indiens privés de leurs émissaires célestes ce voient obligés de délaisser leur antique coutume pour des questions d'hygiènes car les corps mettent maintenant 6 mois à disparaitre. Cette communauté vieillit et décroit en Inde, et on peut souhaiter que les Pârsîs ne subissent pas un sort analogue à celui des vautours.